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La quintessence du large-bande
Derrière
le nom maintenant célèbre de Phy-HP se cache Bernard
Salabert, un artisan capable de parler de musique et de haut-parleurs
pendant des heures. Mais aussi des vins et de la charcuterie du
Roussillon, avec un accent ensoleillé qui trahit sa nature
de bon vivant. Bernard est aussi un fanatique de rigueur et de perfectionnisme
quand il s'agit de la fabrication de ses haut-parleurs.
Ses Produits
n'ont apparemment rien de révolutionnaire. Au contraire :
ils se situent dans le prolongement des traditions les plus incontestées
de l'histoire du haut-parleur. Les matériaux utilisés,
les solutions techniques retenues sont toujours les plus classiques,
les plus éprouvées. Les Phy-HP auraient pu être
conçus et fabriqués de la même manière
il y a un demi-siècle. Il n'y a rien de "moderne"
en eux. La membrane en papier, l'aimant en alnico, la bobine en
fil de cuivre, le saladier en bronze, tout est d'un classicisme
absolu. Et pourtant, ses haut-parleurs marchent comme aucun de leurs
innombrables prédécesseurs ou concurrents.
Quand il vous
parle des principes qui ont guidé leur mise au point, Bernard
insiste sur deux points : d'abord il cite, avec une sorte de vénération,
ceux qu'il appelle "les anciens", c'est-à-dire
tous les grands acousticiens qui l'on précédé
dans ce métier et auxquels les fabricants d'aujourd'hui doivent
tout. A l'en croire, Bernard s'est contenté de recueillir
respectueusement cet héritage et d'appliquer scrupuleusement
toutes les recettes qui ont été découvertes
et éprouvées par "les anciens". Il y a bien,
ici ou là, une petite astuce, une originalité dont
Bernard garde parfois le secret, mais pour l'essentiel ses haut-parleurs
ressemblent aux plus grands classiques de l'histoire de la reproduction
musicale.
La gamme se
compose actuellement de deux "large-bande" de 21 et 30-cm,
d'un tweeter piézo-électrique spécialement
mis au point pour les accompagner et d'un fabuleux coaxial qui réunit
le 30 cm et le tweeter. C'est ce haut-parleur qui vous est présenté
ici. Même si chacun des éléments pris séparément
est parfaitement classique, le concept d'ensemble est finalement
assez original : c'est la première fois, à notre connaissance,
que l'on trouve réunis un large-bande et un tweeter piézo-électrique,
et ce dans une configuration coaxiale.
Le choix du
large-bande est fondamental pour Bernard Salabert. Tous ceux qui
ont bricolé des enceintes ont pu constater à quel
point le moindre filtrage détruit les performances d'un haut-parleur
: la phase est compromise, des informations disparaissent, la dynamique
est étouffée. Pour Bernard Salabert, le filtrage est
un obstacle rédhibitoire pour la musique. Ses haut-parleurs
s'en passent donc.
Le moins que
l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas une solution de facilité.
Autant il est relativement simple de mettre au point des membranes
très spécialisés dans le grave, le médium
ou l'aigu, autant une membrane large-bande impose de porter l'art
du compromis à ses sommets, sans jamais perdre de vue l'objectif
final, qui est de faire de la musique. La difficulté consiste
à faire une membrane à la fois légère
pour monter dans l'aigu, grande pour descendre dans le grave, rigide
pour bien transmettre l'énergie, mais aussi souple et amortissante
pour ne pas se fractionner bruyamment, tout en évitant les
pièges de la directivité et des colorations marquées...
Bref, un casse-tête
! Mais quand ça marche, le résultat est là
l'amplificateur est branché directement sur la bobine mobile,
sans filtre, sans obstacle d'aucune sorte. Toute la musique est
générée par une unique membrane sans décalage
de phase, avec une homogénéité du grave à
l'aigu à peu prés inaccessible aux systèmes
multivoies.
Le premier large-bande
Phy-HP, le 21 cm, a été analysé dans Haute Fidélité
en
avril 97. Il a été rejoint récemment par le
30 cm et le tweeter. Le 30 cm descend plus bas que le 21, mais il
monte moins haut, d'où la nécessité de lui
associer un tweeter, alors que le 21 donne d'excellents résultats
tout seul sur la plupart des genres musicaux. En revanche, avec
le 30 cm, les dernières colorations de membrane qui pouvaient
subsister sur le 21 ont été éliminées.
Le tweeter proposé
par
Phy-HP est d'une technologie originale puisqu'il est de type piézo-électrique.
En fait, c'est une évolution du célèbre Motorola,
pionnier de cette technologie. Ce choix est loin d'être fortuit.
En effet, une des caractéristiques des Phy-HP, comme de la
plupart des "large bande", est leur impédance globalement
élevée doublée d'une forte remontée
dans l'aigu, là où la nature "selfique"
de la bobine mobile se fait sentir. Résultat : aux alentours
des fréquences où le tweeter doit prendre le relais,
les Phy-HP ont une impédance de lordre de 30 ohms.
Cela peut paraître
anodin, mais si vous branchez sur le même ampli un tweeter
"normal" dont l'impédance se situe aux environs
de 8 ohms, vous court-circuitez brutalement le large-bande, ce qui
a pour effet de faire chuter largement le niveau dans l'aigu. Un
tweeter piézo-électrique permet de résoudre
ce problème parce que son impédance se situe naturellement
aux environs de 100 ohms, avec un rendement qui lui permet de tenir
tête aux "large bande" Phy. Original à première
vue, le choix du piézo-électrique se révèle
donc, après examen, parfaitement logique.
Le 30 cm coaxial
réunit donc les deux fleurons de la gamme Phy dans un objet
aux allures de pièce d'orfèvrerie, manifestement imprégné
de tradition et de savoir-faire. Car lexcellence des haut-parleurs
Phy ne tient pas seulement à leur conception géniale
mais aussi à un processus de fabrication qui ne laisse aucune
place au hasard ou à l'à-peu-près. Bernard Salabert
n'est pas seulement un concepteur hors pair perdu dans les brumes
de la création. Il est aussi un artisan méticuleux
et perfectionniste. Les innombrables astuces qui améliorent
et fiabilisent le processus de fabrication sont au moins aussi impressionnantes
que le produit lui-même, et la liste des contrôles subis
par les haut-parleurs à la fin du processus de fabrication
a de quoi faire pâlir de honte les plus grands experts en
qualité industrielle. contrôles, y compris à
l'écoute, et mesurés sous toutes leurs coutures, les
haut-parleurs sont minutieusement appairés avant d'être
vendus, avec bien sûr une garantie à vie au premier
propriétaire.
A 6 700 francs,
le Phy-HP peut paraître cher. Mais pour ce prix vous avez
un système complet, à part bien sûr l'ébénisterie
puisque le filtre du tweeter y est incorporé et que l'ensemble
n'a besoin d'aucun autre filtrage. Bernard Salabert conseille de
monter ses haut-parleurs sur des baffles plans, lesquels définissent
un mode de fonctionnement idéal parce que la symétrie
des masses d'air entre l'avant et l'arrière de la membrane
est parfaitement respectée. Mais pour avoir du niveau dans
le grave avec un baffle plan, il faut faire quelque chose de vraiment
grand. On peut aussi monter les Phy-HP dans des enceintes classiques,
qui devront "être assez volumineuses sous peine de diminuer
notablement les performances musicales de ces haut-parleurs, et
pas seulement dans le grave.
Si vous faites
l'effort de leur accorder suffisamment de place, et de les alimenter
avec des électroniques à la hauteur de leurs exigences
( les triodes font idéalement affaire ), les Phy-HP vous propulseront
incontestablement aux plus hauts sommets de la reproduction musicale,
avec l'assurance d'être comblé pour très longtemps.
Parce que ces haut-parleurs hors du commun se situent absolument
en dehors des modes.
ALEXANDRE GEOFFROY
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